Aventure vers le 30e

par Valerie Hongoh et Johanna Toussaint

Matsuri2013

Photo: Danielle Sylvain

 

Voir Arashi Daiko en concert pour la première fois est une expérience difficile à oublier. Nous sommes issues d’horizons différents et avons découvert le taiko dans des circonstances différentes, ce qui en soi est une des beautés de cette forme d’art. Le taiko est une grande force magnétique pour les personnes de tous âges, de toutes origines et de tous horizons, réunies par une passion commune : l’amour du taiko. Nous avons connu tant d’âmes incroyables grâce au taiko, des amitiés qui n’auraient jamais vu le jour sans ces tambours.

Un commencement

Je me souviens encore de la première fois que j’ai vu Arashi Daiko sur scène. J’étais probablement jeune adolescente. C’était une saveur très différente de la culture japonaise que ce que j’avais pu expérimenter à ce jour. Je me souviens avoir été transportée par les chorégraphies et le son des tambours et surprise par l’exigence physique de cette performance. De nombreuses années se sont écoulées avant que je rencontre le taiko et Arashi Daiko de nouveau, cette fois-ci dans le Vieux-Port de Montréal. Malgré la foule et les mille et une attractions, j’ai été immédiatement attirée par le son des tambours. Le taiko résonne fortement, il exige votre attention, mais l’énergie des membres d’Arashi vous garde attentif malgré les merveilleux arômes des aliments du festival qui flottent autour de vous ; et vous ne pouvez pas détourner les yeux de peur de manquer un seul instant de la performance captivante qui se déroule sur scène. J’ai été intriguée d’apprendre qu’Arashi donnait des ateliers et très heureuse d’avoir une chance de devenir étudiante. Je me souviens encore, en rentrant à la maison après ce premier atelier, avoir été  quasi incapable de soulever même un verre d’eau à mes lèvres (d’accord, c’était peut-être une pinte de bière) sans utiliser mes deux mains. J’ai découvert des muscles dont j’ignorais l’existence!

Un autre commencement

Mon aventure avec le taiko a commencé il y a environ 4 ans. Mes mains étaient moites et mon cœur battait la chamade – des signes de nervosité quand je suis hors de ma zone de confort. J’avais un surpoids et j’étais en mauvaise forme. Je pensais que le taiko pourrait  m’aider à améliorer mon style de vie et à perdre quelques kilos. J’étais loin d’imaginer que j’y trouverais encore bien plus que je pensais, comme c’est toujours le cas aujourd’hui : de quoi alimenter mon corps et mon esprit pour vivre une vie saine. Ce qui m’a amenée à essayer les ateliers de percussions, c’est l’impression que m’a laissée le groupe Arashi Daiko. Comme beaucoup d’autres personnes qui adorent leurs spectacles, j’ai été profondément émue par leur énergie et j’ai eu envie d’en savoir davantage. Je les avais déjà vus des  années auparavant, mais j’étais heureuse d’avoir attendu aussi longtemps pour franchir cette étape. Je ne me souviens pas beaucoup du premier atelier, sauf que j’étais trempée, épuisée, affaiblie… et souriante! Je me souviens aussi de m’être sentie très timide et gênée, mais j’ai fait de mon mieux pour apprendre et profiter de l’expérience. Cet atelier avait été la chose la plus difficile de ma vie, mais j’étais heureuse de l’avoir fait. Je ne savais pas si je réussirais ou pas, mais quelque chose avait déjà changé en moi. En regardant danser les feuilles dans la brise, j’avais découvert le pur bonheur qui récompense les efforts intenses. Inutile de dire que j’ai été ravie d’apprendre quelques semaines plus tard que j’avais été acceptée dans le cours hebdomadaire. C’était angoissant, c’était difficile. Je m’étais rendue plus loin que jamais auparavant… et abandonner en chemin avait toujours été une de mes « forces » … Cette fois-ci, j’ai accepté le défi et j’ai été témoin de nombreux changements encore plus profonds peu de temps après.

Sur la route

L’entrainement hebdomadaire du dimanche offrait son lot de défis, mais est rapidement devenu le point culminant de notre semaine. Un des premiers grands défis a été d’apprendre à faire des kiai. Les kiai viennent du plus profond du cœur et de l’âme. Ils sont une confirmation de présence, un appel de reconnaissance et d’encouragement pour tout donner dans un effort commun. Mais, au sein d’un  groupe de personnes qu’on connait à peine, il est parfois difficile de partager sa vraie voix. «Ma voix est-elle étrange? Vais-je être ridiculisée? » Lancer ses premiers kiai est intimidant au début, mais c’est lorsque vous décidez d’être vous-même  devant les autres que le taiko devient réel.

Nous avons vite réalisé que ce que nous pensions être de simples leçons de taiko,  s’appliquait en fait à la vie en général. Donner le maximum dans tout ce que vous faites, vous mettre au défi pour surmonter vos limites personnelles, montrer que vous avez des tripes  et de la détermination dans ce que vous faites. On apprend aussi qu’il ya une différence entre lire au sujet des valeurs telles que le respect, la considération et l’appréciation, savoir ce qu’ils devraient être et les vivre de façon très explicite dans une communauté soudée. Il y a aussi des différences subtiles d’interprétation de ces termes entre les Québécois et les Japonais. C’est peut-être un sujet pour un autre article, mais pour l’instant, il suffit de dire qu’une fois que vous commencez à sentir que vous avez une meilleure idée  de ce que signifient ces termes qu’au moment où vous avez rencontré le groupe, vous vous rendez compte aussi que vous ne pouvez plus imaginer votre vie autrement.

La pente raide

Plusieurs mois plus tard, nous voici  face à un nouveau défi, celui d’essayer de suivre les traces des nombreuses âmes, actuelles et passées, incroyablement talentueuses et belles, qui ont contribué à façonner Arashi Daiko. Je pense qu’en tant qu’étudiants du taiko, nous rêvons tous d’avoir la chance de partager la scène avec eux et d’essayer à notre propre manière de recréer une partie de cette magie qui nous a attirés au taiko en premier lieu. Arashi est un groupe incroyablement généreux et ses membres déversent leur amour pour leur art dans chaque représentation et partagent cette passion et cette énergie avec le public et avec leurs élèves. Chaque membre apporte sa propre essence, des connaissances et des expériences dans sa façon de jouer et ses enseignements, et c’est ce qui crée la richesse d’Arashi Daiko. Être invité à devenir un apprenti provoque un mélange complexe d’émotions difficiles à énoncer. Sang, sueur et larmes, littéralement. Et vous apprenez très rapidement que vous ne pouvez pas vous développer plus vite qu’à votre propre rythme. Qui aurait cru que la partie la plus difficile saurait d’apprendre à respirer ; respirer avec tout le monde, et surtout, ne pas oublier de respirer, tout simplement.

Les 11 derniers mois ont été un tourbillon d’entraînement en force et en endurance au taiko et une course pour se mettre en mémoire le répertoire existant d’Arashi et apprendre les nouvelles pièces en cours de création. Il serait difficile de dire exactement combien de fois nous avons joué certaines pièces, mais voici une estimation : comptons 4 semaines dans un mois; nous pratiquons une pièce intitulée Yatai Bayashi au moins 5 à 10 fois chaque vendredi, pendant 11 mois ; donc, nous avons joué cette seule pièce environ 220 à 440 fois, sans compter toutes les répétitions supplémentaires pour la préparation du concert ou le temps consacré à la pratique individuelle… multipliez ce chiffre par le nombre d’années depuis lesquelles certains membres jouent du taiko…. et pourtant, il y a encore des choses à travailler. Cela nous rend très humbles.

Mais lorsque vous mettez les pieds sur la scène pour la première fois, avec les papillons dans votre estomac à leur maximum d’activité, et que vous êtes tellement nerveuse que vous en oubliez presque votre nom, vous êtes alors très reconnaissante de ces nombreuses heures de pratique faites dans la chaleur et l’humidité, car, malgré les nerfs, le corps, lui, se souvient ; la formation prend le dessus et vous jouez ce morceau pour la  500e fois ; mais, cette fois-ci, quelqu’un est là pour recevoir votre sourire et la magie que vous essayez de partager.

Nous sommes profondément honorées d’avoir l’occasion de nous produire sur scène avec les membres d’Arashi Daiko, des personnes que nous admirons énormément et de qui nous avons beaucoup appris. Nous espérons être en mesure d’inspirer beaucoup d’entre vous avec le son de nos tambours lors du prochain concert du 30e anniversaire d’Arashi Daiko intitulé «WA», qui est une expression japonaise incarnant le travail d’équipe et le partage d’esprit, la pensée positive et le travail vers un but commun dans la paix et l’harmonie. C’est un rendez-vous les 19 et 20 octobre !

Les billets sont maintenant en vente à la billetterie de la Salle Pierre -Mercure (www.centrepierrepeladeau.uqam.ca) et sur le réseau Admission (www.admission.com ou par téléphone : 1-855-790-1245).

 

Valérie et Johanna sont tous les deux apprentis avec Arashi Daiko depuis octobre 2012 et jouent le taiko depuis environ trois ans chacun. Ils partagent leur découverte du taiko, leur voyage et l’excitation sur la préparation de concert du 30e anniversaire d’Arashi Daiko.

 

Cet article a été écrit pour l’édition de septembre 2013 du bulletin de Montréal et nous tenons à  les remercier pour la permission de le partager avec vous sur notre site web.

Merci aussi à Audrey Bergeron-Morin pour son aide avec la traduction du texte français.